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Thérésa, la bonne dame de Neufchâtel

Reine du Caf’ Conc’, première « star » de la chanson française, Thérésa déchaîna les foules puis choisit le petit bourg de Neufchâtel-en-Saosnois, en lisière de la forêt de Perseigne, pour se retirer loin des scènes et du tumulte de la vie parisienne.

Emma Valadon, née en 1837 en Eure-et-Loir, est encore une enfant lorsque ses parents s’installent à Paris. Son père gagne sa vie tant bien que mal comme musicien et sa mère est couturière. A 14 ans, elle voudrait travailler dans la mode mais constamment renvoyée des ateliers pour son effronterie, elle commence à chanter dans les guinguettes et dans les rues. Elle a une vingtaine d’années lorsqu’elle se produit à l’Eldorado en chantant des romances avec un succès mitigé. Elle change alors de registre, prend le nom de Thérésa et adopte le style tyrolien très à la mode. Le succès est au rendez-vous et tout Paris accourt pour entendre et voir la jeune chanteuse « au petit chic canaille ».


Thérésa, vers 1875

Les théâtres parisiens se l’arrachent et lui offrent des cachets mirifiques. Elle étend son répertoire à la chanson réaliste. Conspuée par la critique qui la surnomme « la Diva du Ruisseau », elle est adulée par un public populaire qui connaît par cœur ses refrains et les entonne chaque soir à l’Alcazar. Le phénomène Thérésa ne laisse pas indifférents les bourgeois qui se délectent de ses couplets au réalisme cru, un brin vulgaire.
Alexandre Dumas l’adore, la Princesse de Metternich se déplace pour l’entendre et l’Empereur Napoléon III l’invite à chanter à sa Cour. Degas lui consacre plusieurs toiles mais la peint avec une touche de condescendance.


Thérésa peinte par Degas, elle chante un de ses plus grands succès : La chanson des chiens

Quand surgit la guerre de 1870, Thérésa est au faîte de sa gloire. Elle chante dans les rues, juchée sur l’impériale d’un omnibus, au profit des blessés. La Commune de Paris et la misère qui s’ensuit l’incitent à mettre à son répertoire des couplets plus graves, à chanter les soucis du peuple dont elle se fait la porte-parole.

A 58 ans, la voix cassée (les micros n’existaient pas encore !), elle se retire à Neufchâtel-en-Saosnois dans une superbe gentilhommière qu’elle s’était faite construire, la Villa des Lauriers. Là, entourée de son personnel de maison, de ses jardiniers, de son chauffeur, elle va passer une retraite paisible pendant presque une vingtaine d’années.


Thérésa assise devant sa Villa des Lauriers


Thérésa, debout sur le perron de son belvédère

Les habitants du village adoptent la chanteuse à la gloire passée, elle est appréciée de tous pour sa simplicité et sa bonhomie. On la dit très riche, elle aide généreusement les pauvres, offre dans son jardin de grands goûters aux enfants des écoles. Longtemps après sa disparition, en 1913, Thérésa laissera un souvenir ému à ceux qui l’ont connue. Une rue de Neufchâtel porte aujourd’hui le nom de celle qui écrivit dans ses Mémoires : « Les uns m’ont appelée la Patti de la chope, d’autres ont dit que je mêlais de l’absinthe à mes chansons ! Je suis une fille du peuple, et j’amuse le peuple, c’est comme ça que je trouve le moyen de ne pas me séparer de ma famille ».


Jacques-Henri Minier


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