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Le sombre destin d’Henri Gizard

S’il apparaît aujourd’hui comme le plus novateur des peintres sarthois, en son temps ses œuvres déconcertaient le public et la critique. Il sacrifia tout à son art et ne rencontra tout au long de sa courte vie que l’échec et l’incompréhension.


Henri Gizard, vers 40 ans

Henri Gizard, né à Saint-Calais en 1879, s’établit au Mans comme représentant en épicerie fine. Passionné par le dessin et la peinture, il fréquente un cénacle d’artistes contestataires animé par Albert Echivard, le peintre sur verre, et fait la connaissance de Maurice Loutreuil avec qui il entretiendra une profonde amitié. Tous deux rejettent le néo-impressionniste professé par Hervé-Mathé à l’Ecole des Beaux-Arts de la ville, au profit d’une création moins académique, plus personnelle.

Habile dessinateur, maîtrisant parfaitement le jeu des perspectives, il passe à l’aquarelle en posant avec délicatesse des couleurs sur ses dessins à la mine de plomb et peint aussi à l’huile, souvent sur des toiles de récupération. Paysages, vieilles rues, scènes de marché, sous son pinceau naissent des décors modestes de la vie provinciale. Il expose chez Querville, la galerie de la rue des Minimes, et chez Dumont, rue Marchande. Les critiques ne sont pas tendres, les journalistes lui reprochent ce « trait noir épais » encadrant ses couleurs réduites à des variations d’ocre et de bleu et ne sont sensibles ni à sa rigueur graphique ni à la poésie qui se dégage de ses œuvres. A Paris, il est présent au Salon d’Automne de 1922 et, grâce à son ami Loutreuil, participe à quelques expositions collectives, sans plus de succès.


Les bords de l’Anille à Saint-Calais, aquarelle, musée de la Reine Bérengère

Vers 1920, Gizard découvre la gravure qu’il pratique sur des plaques de zinc, puis la lithographie, une technique qui l’enchante. Il réalise plusieurs séries de petits formats et son chef d’œuvre demeure son « Album des vieux métiers » qu’accompagne un poème d’André Fertré.


La rue de l’église à Saint-Calais, gravure sur zinc, coll. part.

La disparition de Maurice Loutreuil, en 1925, les problèmes financiers, le manque de réussite, l’incompréhension de la critique vont l’enfermer dans une profonde dépression. Il ne peint plus que des bouquets de fleurs aux couleurs vives. Malgré la présence bienveillante de ses amis, il se donne la mort en 1929.

Henri s’était marié en 1915 et n’avait pas eu d’enfant. Après son décès, sa veuve décide de s’installer à Paris. Lors de son déménagement, un chauffeur de taxi indélicat lui subtilise les toiles, les dessins et les aquarelles qu’elle avait emportés. Ils ne seront jamais retrouvés.

Ses amis organiseront quelques expositions de ses œuvres dans les années 30 et 50, mais il faudra attendre 2016 et la très belle rétrospective au Musée de la Reine Bérengère pour qu’Henri Gizard soit enfin reconnu comme un de nos peintres de premier plan. Ses œuvres sont visibles au musée de la Reine Bérengère au Mans et au musée-bibliothèque de Saint-Calais.


Affiche de l’exposition de 2016


Jacques-Henri Minier


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