Le numéro 457 (septembre 2018) est en vente chez les marchands de journaux et en librairies au prix de 6,50 €. Dossier spécial sur la fin de la Grande-Guerre en Sarthe. A découvrir dans la rubrique "Dernier numéro" ou sur laviemancelle.net/457
 
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Ce numéro spécial 50 ans ne comporte pas de rubrique "Lisez Sarthois".
Nous vous proposons néanmoins les chroniques littéraires d'Alain Moro (Paulette Houdyer), Thierry Lemonnier (Jacques Gohier et Catherine Paysan), Daniel Étoc (Édith Jacqueneaux et Georges Jean), Jacques Gohier (Jeanne Blin-Lefèbvre).

PAULETTE HOUDYER
Le plus gros succès d'édition d'un auteur sarthois !
1959. Sarthois, Manceau peut-être, vous fêtiez vos quinze ans ?... Souvenez-vous : la télévision que vos parents n'avaient pas les moyens de s'offrir ne diffusait, avec une seule chaîne en noir et blanc, que trois heures de programme journalier. Le premier ordinateur en construction, celui de la Défense nationale, avait les dimensions d'une maison et la souris n'était encore qu'un petit mammifère que l'on traquait chez soi. Alors, après vos quarante-huit heures de travail hebdomadaire ou pendant vos trois semaines de congés annuels, vous lisiez. Vous lisiez peut-être Paulette Houdyer depuis qu'en 1954 son premier livre, La Grande Bucaille, avait frôlé d'une voix, une seule, le prix Fémina qu'aucun auteur sarthois n'a jamais pu obtenir. Après la parenthèse de L'Oiseau de pluie qui n'obtint qu'un succès d'estime, Paulette avait récidivé deux ans plus tard, La Bête à chagrin faisant à nouveau partie de la sélection finale. Mais c'est Taupe, impliquant en 1958 certains personnages locaux, qui avait scandalisé ou réjoui la bonne (et la moins bonne) société mancelle, les Sarthois ayant instantanément trouvé les clefs de ce roman controversé aujourd'hui introuvable... mais toujours conservé au sein des bibliothèques !
En cette année 1959, Paulette Houdyer ne publia aucun livre et pas davantage l'année suivante. C'est en 1961 que devait paraître Mélancoline, son dernier roman chez Julliard. Puis, la romancière se lança dans une longue enquête journalistique qui devait déboucher, en 1966, sur la publication de son incontestable chef-d'œuvre : Le Diable dans la Peau. Elle disséquait le crime des sœurs Papin, démêlant l'écheveau de leur passé, tournant une à une les pages de leur parcours insolite avec une parfaite maîtrise de la psychologie, osant enfin apporter la révélation à propos de laquelle toute une époque avait voulu fermer les yeux. Cet ouvrage, toujours en vente, est aujourd'hui le plus gros succès d'édition d'un auteur sarthois et frise les quatre cent mille exemplaires !

Deux autres livres parurent encore : L'Affaire Caillaux (récompensé par l'Académie Française) puis, dix ans plus tard, un inattendu Guide des Petites Astuces de la Maison, portant à huit le nombre d'ouvrages publiés, sans compter un inédit, commandé et payé par un éditeur suisse, mais qui ne sortit jamais. Paulette avait déjà fait le choix d'interrompre sa carrière littéraire ; elle n'y a jamais dérogé. 1959 vit l'éclosion de La Vie Mancelle. Cinquante ans plus tard, Paulette Houdyer y est toujours abonnée. Qui dit mieux ?...

JACQUES GOHIER
Lorsque paraît, il y a cinquante ans, le premier numéro de "La Vie Mancelle", notre ami poète Jacques Gohier a, lui, tout juste vingt ans ! Nous sommes en pleine guerre d'Algérie et le jeune célibataire, après ses études au Mans à Notre-Dame de Sainte-Croix, est devenu instituteur par vocation véritable. A l'époque, on recrute beaucoup d'enseignants dans le cadre du plan de Constantine. Fasciné par l'Orient, au travers de l'œuvre de Pierre Loti que possède son père, Jacques se porte volontaire pour un départ hors de la métropole. Reçu parmi les premiers à sa sortie de stage, il choisit un poste dans l’oasis d'El Oued, du sud algérien. Là-bas, outre la rencontre à Oran de sa future épouse, il fonde le premier journal local avec le fils de Max Lejeune, alors ministre du Sahara. Malheureusement, il ne paraîtra que deux ans ! Invité officiellement en 2008 par les autorités algériennes, dans le musée de l'oasis de Guémar, toute proche de son ancienne école, Jacques Gohier découvre avec surprise un exemplaire de son journal. Cinquante ans plus tard, il parle toujours avec émotion de son paradis sur Terre. En 1959, Jacques Gohier avait déjà publié des poèmes et articles dans diverses revues et obtenu plusieurs prix littéraires (dont le Prix du Syndicat des Journalistes et Écrivains). On lui doit depuis, une quinzaine d’ouvrages dont L’Aventure méhariste (Prix de de l’Académie du Maine). La plupart sont inspirés de son séjour au Sahara, écrits peut-être pour exorciser son "mal d’Orient".

ÉDITH JACQUENEAUX
Édith Jacqueneaux qui a longtemps collaboré à la rédaction de "La Vie Mancelle & Sarthoise" et plus particulièrement à la "page du poète", est un merveilleux écrivain à l'écriture originale. Alors qu'elle était tout bébé, une brave paysanne au cœur d'or qu'elle appelait affectueusement Maman Do a veillé sur ses jours à La Fresnaye-sur-Chédouet. Elle se souvient également avec émotion de la demeure ancienne de Sougé-le-Ganelon où dès l'âge de douze ans, elle a dédié à son père, gravement malade, un cahier de poèmes délicatement illustré par ses soins.
Son premier recueil lyrique Feu de Sable(1) date de 1959. Il fut suivi de beaucoup d'autres œuvres comme : Le miracle de l'arbre, Nuit et Lumière, La Clairière aux fées, L'Empereur de Jade, Flablenmaine (les fables de la Fontaine en patois du Maine) en poésie et en prose : Sorciers verts de chez nous, L'Histoire du petit gâs Louis (en patois de la Sarthe).
A cela il faut ajouter d'émouvantes nouvelles dont certaines n'ont jamais été publiées. De caractère indépendant, elle s'est très tôt affranchie de la rigueur de la métrique du vers classique qui peut réprimer les élans. Son écriture riche d'harmonieuse musicalité, séduit le lecteur sensible par son charme subtil et sa profondeur de réflexion.
(1) Éd. de la Société Littéraire du Maine

JEANNE BLIN-LEFÈBVRE
En 1959, dans un appartement d'un immeuble situé en haut de la rue Delagenière au Mans, régnait au premier étage une poétesse sur le monde local des lettres. De son vrai nom Marie-Thérèse Blin Verdier, elle signait ses œuvres Jeanne Blin-Lefèbvre.
Née le 23 février 1884, cette institutrice avait fondé en 1932 la "Société Littéraire du Maine". Victor Hugo, étant tout jeune, disait : "Je veux être Chateaubriand ou rien", plus modestement, moi avec une ambition rentrée, je rêvais adolescent, d'avoir le même talent que Jeanne Blin-Lefèbvre. Alors lycéen et presque voisin, j'allais frapper à sa porte comme tant d'autres apprentis poètes, avec mes premiers poèmes écrits fébrilement le soir après les cours. Ceux-ci, libérés de certaines contraintes des règles de la versification, recevaient parfois un accueil peu chaleureux de celle dont l'œuvre poétique était d'un classicisme parfait. Malgré cela, je fus admis membre de la Société Littéraire du Maine, dont j'étais le benjamin. Jeanne Blin-Lefèbvre, qui au Mans ne l'a vue dans les rues offrant à ses amis le petit bulletin de l'association ? Depuis des années, elle s'acharnait à sauver de l'oubli les poètes sarthois en publiant quelques unes de leurs œuvres, car la poésie, c'était sa vie, et ceci depuis sa jeunesse.

"L'art m'offrit son hommage au temps que j'étais belle,
Et si je ne suis plus telle,
Mon âme a gardé ses ferveurs,
Pour le rêve, les mots et les rythmes sauveurs."


Son œuvre a, en effet, reflété les qualités primordiales : clarté du sens, harmonie du rythme. Ses bulletins annuels, de 200 pages, Les Amis des Lettres du Maine, qu'elle a dirigés de 1932 à 1960, furent couronnés par l'Académie Française. Ils mettaient en évidence le patrimoine littéraire de notre département, donnant, par ailleurs, un reflet de la vie culturelle en Sarthe.
On y trouvait les noms, articles et poèmes d'auteurs du Maine bien connus en ce milieu du XXe siècle : Catherine Paysan, Édith Jacqueneaux, Léon Gerbe, Henry de Germigny, Étiennette et Philippe Bouton, Gaston Simon, Marcel Lemoigne, Maurice Valette, Laure Levacher-Renoult... Mais revenons à l'œuvre personnelle de Jeanne Blin-Lefèbvre. En 1959, elle avait déjà publié un grand nombre d'ouvrages dont un essai en prose : Institutrice, Écoliers, Paysans qui a obtenu la médaille d'or à l'Exposition internationale de l'Ouest qui s'est déroulée au Mans en 1923. Par ailleurs, d'autres essais parurent sous son nom régulièrement, sous le titre : Les pages de Suzanne dans le journal des instituteurs. On lui doit aussi des chroniques historiques : Fils du Maine, ayant obtenu un Prix de l'Académie Française. Mais la poésie prendra la plus grande place dans son œuvre comme dans sa vie.
Parmi ses nombreux recueils de poèmes, citons ceux publiés avant 1959 : Brindilles (1925), Le Cœur Exagère (1933), Notre Maine en collaboration avec le peintre Charles Morancé (1935), Le Dieu de cristal (1936), Éolia (1938)... Jeanne Blin-Lefèbvre a laissé en outre une œuvre inédite importante.

GEORGES JEAN
Écrivain multiple et pédagogue averti
Georges Jean effectua ses études à l'École Normale de Besançon où il écrivit ses premiers poèmes, puis à l'École Normale Supérieure de Saint-Cloud où se confirma véritablement sa vocation d'écrivain. "Mon mariage en 1944 avec une historienne a permis une vie commune enrichissante. La naissance de nos trois fils et de nos nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants nous a comblés", m'a-t-il confié lors d'une visite dans son refuge champêtre de Verneil-le-Chétif.
Georges Jean a commencé à écrire vers les années 59-60. Des recueils de poèmes tout d'abord, puis une étude "sur le nouveau roman". Par la suite, poursuivant sur sa lancée, il a produit une œuvre riche et variée. Auteur d'une centaine d'ouvrages, il a travaillé dans quatre directions essentielles : Poésie (une trentaine de recueils) - Essais théoriques sur le langage - Essais pédagogiques - Anthologies poétiques pour un large public. D'autres œuvres d'importance s'ajoutent à cette riche création, telles : La passion d'enseigner, L'écriture mémoire des hommes, Le langage des signes, Voyages en utopie... Il a également enregistré des disques, réalisé des films : Liberté de la nuit - L'âme romantique et le rêve. D'autre part une jeune cinéaste, Corinne Langlois-Goard, a présenté un film émouvant lors d'un colloque dédié à Georges Jean, film retraçant la vie de l'écrivain et son œuvre. Ce dernier précise en ces termes, l'axe de sa création personnelle : "J'ai cherché à explorer toutes les ressources de mon propre langage pour exprimer mes préoccupations, mes obsessions liées au quotidien, quête incessante et en même temps partagée avec ceux qui me liront auxquels je propose rêverie et méditation".
Ce pédagogue chevronné s'est beaucoup intéressé à l’éducation de l'enfant, à celle des petits écoliers mais aussi à celle des plus grands : normaliens et étudiants. Il a réfléchi sur ce que l'on pouvait faire à la source chez l'enfant pour développer son imagination, sa sensibilité, sa créativité. Pour ce qui concerne les plus grands, j'ai retenu cette réflexion de son ouvrage intitulé La passion d'enseigner : "Enseigner, c'est d'abord savoir inventer sa propre vie. Et si l'on enseigne plus ce que l'on est que ce que l'on sait, lorsqu'on ne sait rien, on n'est rien !". Mais Georges Jean ne s'est pas contenté de réaliser une œuvre littéraire riche et variée et de donner la bonne parole au sein de ses cours ; sa mission est allée bien au-delà. Il fut l'un des premiers militants, dans le cadre de Peuple et Culture, Directeur des Universités d'Été, responsable des problèmes de lecture... Au plan local, Georges Jean a laissé un souvenir ému dans le cœur des normaliens et normaliennes du Mans en tant que créateur du Ciné Club, animateur de la troupe théâtrale, organisateur de voyages culturels en France ou à l'étranger. Il a vécu avec passion le Front populaire et soutenu Mai 1968. Il s'est efforcé, par son message littéraire, son rayonnement, de "changer la vie" comme le souhaitait Jean Guéhenno afin que notre société évolue vers un idéal de vie, de liberté et un meilleur partage des richesses.
Écrivain prolifique de qualité, diffuseur de culture, Georges Jean a bien lié sa gerbe et celui qui écrit ces lignes tient à lui manifester son estime, sa reconnaissance et son amitié.

CATHERINE PAYSAN
Un jour, je serai écrivain !
Itinéraire d'un auteur anonyme
En décembre 1959, sous l'impulsion de l'imprimeur manceau Jean Martin, accompagné de Jacques Chaussumier et d'une équipe soudée, paraît le numéro 1 de notre revue qui ne s'intitule encore que "La Vie Mancelle". Annie Roulette, amoureuse des mots depuis son enfance est confortée par l'enseignement chaleureux que lui prodigue, au lycée de jeunes filles du Mans, Maine Vigreux-Vannetzel. Catherine Paysan vient d'endosser, non sans difficultés, dans le monde impitoyable qu'il lui reste à découvrir, la seconde peau dont elle a pourtant toujours rêvé. Revenue d’Allemagne en 1948, elle vit à Paris, rue du Soleil, où ses parents ont acheté un appartement. Bien que le métier ne lui plaise plus, elle enseigne à La Courneuve. Néanmoins, par une volonté indéfectible elle assumera consciencieusement, tant qu'elle n'aura pas la certitude de pouvoir vivre uniquement de sa plume.

"Je voulais un homme de couleur, j'ai beaucoup lu et j'ai choisi un Mexicain"
Si beaucoup d’inepties ont été répandues après la parution de son premier roman, on peut néanmoins affirmer que Nous autres les Sanchez, est véritablement né à cette époque. De surcroît, les pages manuscrites de l'auteur ont été griffées dans la Sarthe, à Aulaines, qui demeure alors et pour quelques années encore, indépendante de Bonnétable. Catherine Paysan, qui sort lentement d'une douloureuse histoire sentimentale avec un Sénégalais, profite en effet du temps des vacances scolaires de la mi-juillet au 1er octobre. Blottie dans le refuge de la douceur familiale qui ne lui a jamais fait défaut, elle trouve dans l'écriture de cette fiction heureuse et intemporelle, l'exutoire nécessaire à sa thérapie. Recluse dans le garage, où son père Auguste remise habituellement sa Renault Monaquatre, elle lui avait demandé d'aménager pour l'occasion, une ouverture vitrée lui permettant de recevoir un peu de la lumière du jour. Catherine Paysan entame la rédaction de son "premier enfant" ; ainsi nomme-t-elle chacun de ses ouvrages, de quelque nature qu'il soit. Telle une mère bienveillante et soucieuse d'équité, elle les aime tous, sans distinction, car on aime tous ses enfants, fussent-ils différents.

"Mon style a évolué : aujourd'hui, j’écrirais de manière beaucoup plus compliquée"
Deux étés vont ainsi se succéder avant l'aboutissement de son écriture. Deux autres années s'écouleront encore avant qu'un éditeur sérieux se lance dans la publication des Sanchez. Malgré ce que l’on a pu dire ou croire, l'ouvrage ne relève pas de l'autobiographie. Catherine Paysan raconte à ce sujet qu'à l'occasion de séances de dédicaces de son livre chez Graffin, il arrivait qu'on lui demandât pourquoi elle était venue sans son mari et sans les petits Sanchez ! Bien qu'on ait aussi prédit un court avenir à l'écrivain, le succès de ce premier opus n'a pas cessé depuis 1961. Pour preuve, les nombreuses éditions et rééditions, y compris en poche, de ce qui reste un roman du bonheur, empreint de poésie grâce à la capacité de rêver d'un auteur enthousiaste et persuadé de son talent. N'a-t-il pas reçu le Prix du roman de la Société des Gens de Lettres ? N'a-t-il pas recueilli cette année-là des voix pour le Fémina, bien que pour sa présidente, madame Simone, Annie Roulette n'était qu'un petit professeur de collège ? N'a-t-il pas emballé des politiques de tous bords, été prépublié dans "La revue de Paris", provoqué des articles de qualité dans "Les lettres françaises" ? Alors, arrêter d'écrire, Catherine Paysan ? C'était sans compter sur le destin !

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